FEMLU

Magazine féministe québécois

PAVILLONS

Plateforme de littérature

ILLUSTRATION POUR MAGAZINE

Illustrer à partir du texte “Je suis là.” de Cécile Récapé pour le magazine Femlu.

Publication papier - Numéro 05 du Femlu magazine

Publication numérique - la plateforme Pavillons

Né d’une collaboration entre femlu et Pavillons, ce numéro rassemble des créations littéraires et artistiques féministes qui explorent l’espace sous une multitude de formes : espaces vitaux, familiaux, sexuels, publics, amoureux, résistants, violents, en mouvement ou en décroissance.

Je trouve que ce texte est d'une beauté saisissante par sa violence. 

C’est vrai, qu’en découvrant le poème de Cécile, j'ai été frappée par la lucidité et la sensibilité bouleversante avec lesquelles elle aborde la perte d'autonomie, l'enfermement et l'effacement de soi.

Mon objectif n'était pas d’illustrer mot pour mot le texte, ni d'en dévoiler trop brutalement la chute, mais d'en retranscrire ce sentiment (l'atmosphère) : ce vide, cette attente du rien et la perte progressive des couleurs de la vie. 

C’était primordial pour moi de traiter l’illustration avec des gestes et des lignes de crayon brutales. Cette violence je voulais vous la faire vivre aussi visuellement.

J’ai articulé mon image autour de trois symboles forts du poème : les carreaux, la chaussette, et la dépersonnalisation du personnage qui le transforme en un meuble parmi les meubles.

Le motif du carrelage est central. J'ai choisi d'en faire un couloir vertigineux, avec des carreaux irréguliers qui créent une sensation de tournis — comme un glissement inéluctable vers le rien, vers la mort.

Le personnage se fond complètement dans cet espace, il en devient presque transparent. C’est pour cela que le motif des carreaux traverse la chaise et le corps. Les barreaux de la chaise se confondent directement avec ce corps assis, sans puissance. C'est ma traduction directe de ce vers qui m'a vraiment marquée : "On me soulève / Comme une chaise / Pour passer la serpillière." 

Il n'y a plus de frontière entre lui et la pièce : il a perdu sa place dans le monde. 

 J’ai tenu à traiter la palette de couleurs par un jeu d’oppositions : des tons froids pour représenter son univers figé, face au fuchsia et au turquoise pour évoquer la vie qui continue pour les autres. 

Dans toute cette neutralité et ce froid, la vie ne tient plus qu'à des détails presque absurdes. 

C'est pour cela que les seuls éléments de couleur vive sont le gant rose du corps médical et la chaussette turquoise. 

Ce sont ses seuls points de contact avec une réalité dont il ne se souvient même plus, les rares ancrages qui nous rappellent qu’il y a encore un être humain dessous, en train d'attendre et qui vit cette solitude 

Je pense qu’on peut se quitter là dessus , avec cette question : qu'est-ce qu'on devient quand on n'est plus dans l'action ? Laissons la question ouverte. 

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